Interview de Jérôme Vivas, traducteur de Chorogaiden, sur son travail de traduction française.

La traduction française est terminée !

Pour fêter cela, nous avons interviewé Jérôme Vivas sur son superbe travail. Entre défis linguistiques, ambiance horrifique à préserver et anecdotes de traduction, il nous raconte les coulisses de Chorogaiden version française.

En quelques mots, tu fais quoi comme traductions en général ? Tu as des domaines de prédilection ?

Hello ! Dans la très grande majorité, je traduis du jeu de rôle, mais j'ai fait quelques passages récents sur du jeu de figurines ou du jeu de société. Le JDR reste néanmoins ce que je préfère, et dans le JDR, j'affectionne particulièrement l'horreur, ainsi que les adaptations de licences connues. J'adore me (re)plonger dans des univers bien connus et les voir synthétisés et motorisés.

Qu'est-ce qui t'a attiré dans cette mission quand Coyote Tale t'a contacté ?

Eh bien, comme je le disais, j'aime beaucoup l'horreur, j'aime beaucoup le Japon également, alors forcément, de l'horreur japonaise, ça ne pouvait que me tenter ! La patte graphique m'a aussi très intrigué. Autant voir dans le détail ce que le jeu avait à proposer ! Et puis participer au premier projet d'une jeune maison d'édition indépendante, c'est forcément très intéressant et motivant.

Le jeu a une identité très marquée : horreur japonaise, ambiance années 1990, un vocabulaire très lié à la culture J-horror. Comment as-tu abordé cela ?

Comme souvent, j'essaie de puiser dans les mêmes inspirations que l'auteur, soit avec mon petit bagage culturel, soit en allant chercher les références. Là, j'ai pu par exemple convoquer du Silent Hill, forcément, mais aussi des éléments japonais plus traditionnels. Par exemple, le MJ s'appelle "the Weaver" dans le jeu VO, et nous avons eu une discussion intéressante sur le fait de traduire ça par "la Tisseuse", car je voyais bien le lien avec les jorōgumo, des yōkai-araignées féminins.

Est-ce qu'il y a des termes du jeu original qui t'ont posé un vrai casse-tête ? Comment tu les as résolus ?

Eyescape. Olala. Celui-ci est resté en anglais jusqu'au bout ou presque. Je commence par traduire d'une traite tout le jeu, et je fais une passe de relecture ensuite. C'est à ce moment, en revenant sur le passage, que j'ai dû m'arrêter pour voir si ma petite cervelle avait travaillé en tâche de fond à le décortiquer pour trouver quelque chose de satisfaisant. Or, non. La vilaine. Donc à ce moment, je passe en mode décorticage actif plus poussé. Je dépiaute le mot comme on nettoierait une carcasse, en arrachant petit bout par petit bout ce qui le compose, et je regarde ces éléments, comment ça se transpose en termes de règles, je digère ça (vite vite parce que si vous avez suivi, je suis déjà bien avancé dans le boulot...), et je réarrange les morceaux en intégrant ce que m'inspire la règle associée. Au final, j'obtiens Horizon oculaire. C'est un peu plus long, mais des fois, on n'a pas le choix !

Le texte original a un style très singulier, volontairement brut et haché. Comment tu as retranscrit ça en français ?

En m'efforçant de rester au plus proche de cette structure. Ce qui n'est pas très difficile pour moi, l'un de mes principaux défauts étant de ne pas m'éloigner assez de la VO. Oups. Mais des fois, ça aide bien quand même. Malgré tout, je m'assure de gommer les inconsistances qui apparaîtraient ainsi, en veillant par exemple à ce que tous les pronoms renvoient bien au bon sujet. Que ça soit bien compréhensible, en somme !

Est-ce qu'il y a quelque chose dans ce jeu que tu n'avais jamais rencontré dans d'autres traductions ?

C'est bien la première fois, si je ne dis pas de bêtises, qu'une couleur prend autant de place dans un jeu que j'ai sous les yeux ! Du jaune, du jaune partout, aha. Ou des cauchemars jaunes, plutôt (la maquette reste plutôt sombre). Trêve de plaisanterie, si je devais retenir une chose, ce serait le système de Réserve. Directement lier en un seul élément les possibilités d'action et la santé du personnage, je trouve ça relativement futé, et je ne me souviens pas l'avoir déjà vu, ou en tout cas, pas de manière aussi brutale et synthétique. Ça, ça m'a bien plu. Encore merci de m'avoir proposé cette traduction. J'espère que les joueurs et joueuses frissonneront longtemps dans ces petites villes assaillies par l'horreur.

La souscription Ulule ouvrira ses portes pour Halloween !

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